Meeting d’Arlon : retrouvez ici le discours de notre Secrétaire régional, Joël Thiry


Action en front commun syndical

POUR DE MEILLEURES ALLOCATIONS SOCIALES

La lutte contre la pauvreté doit être une priorité   Chers Camarades, Chers Amis, militants et délégués,

Il me revient de clôturer ce premier rassemblement en front commun syndical post-confinement. Un premier rendez-vous syndical qui doit être le début d’une mobilisation qui doit se poursuivre, se renforcer, s’amplifier…. Mais j’y reviendrai.

Je voudrais d’abord vous dire à quel point je suis content de vous retrouver, vous, les délégués, les militants, qui êtes le cœur vivant du syndicalisme. Nos rencontres, nos débats, nos actions nourrissent, irriguent nos organisations qui sans cela, et le risque est réel, peuvent se scléroser et devenir des appareils lourds et bureaucratiques.

Vous dire encore à quel point il est important d’être là, dans l’action, la revendication, la mobilisation… S’il était temps qu’on se revoit, il est encore plus important qu’on nous voit, nous entende, nous écoute… C’est notre rôle, notre raison d’être, notre ADN, notre devoir même que de faire entendre la voix des travailleurs et des allocataires sociaux et de peser sur le cours des choses de toute notre force. Après six mois très particuliers, pendant lesquels bien sûr nous avons travaillé et même beaucoup mais en étant relativement muets, après six mois qui ont paru si longs et ce si petit virus qui a bouleversé tant de choses, il est temps de reprendre le chemin de la mobilisation sous toutes ses formes : revendiquer, manifester, faire grève,… Il y a urgence et les défis auxquels nous faisons face sont très importants.

Vous avez entendu des témoignages forts. Sur les difficultés de vivre aujourd’hui, en 2020, quand on est chômeur ou pensionné. Oui, vivre avec 60%, parfois moins d’un petit salaire, c’est difficile. Avec en plus, le sentiment d’être montré du doigt…

Oui beaucoup de « petits » pensionnés tirent le diable par la queue et notre pays, qui en Europe est un des moins généreux en matière de pensions, ne doit pas être fier du sort qu’il réserve à ses aînés.

Sur ce qu’on a enduré dans les secteurs les plus exposés à la crise sanitaire, en maison de repos ou dans les structures hospitalières.

Malgré l’incurie parfois criante des responsables politiques, on a fait face. Avec beaucoup de dignité et de courage. Alors que les collègues tombaient malades, que les patients ou les pensionnaires mouraient loin des leurs, on a fait face même si c’était avec la peur au ventre et rempli de colère.

Ces travailleurs de première ligne et on aurait pu en mettre bien d’autres en évidence, ces « premiers de corvée » n’attendent pas qu’on les applaudisse ou qu’on les fasse applaudir. Ils attendent des gestes concrets : une revalorisation salariale mais aussi et surtout un refinancement de leurs secteurs.

Ces témoignages, il faut les entendre bien sûr. Mais ils ne doivent pas rester lettre morte. Nous devons, comme le dit Jean-François TAMELLINI, transformer les applaudissements en poings levés !

Au-delà des réalités difficiles qu’elle génère et c’est loin d’être fini, cette crise sanitaire nous dit bien des choses. Elle révèle les limites du modèle néo-libéral et productiviste et les mythes qu’il véhicule : la mondialisation heureuse qui profiterait peu ou prou mais à tous, la libre-concurrence et le tout au marché,…

A contrario, elle nous rappelle combien les services publics, la sécurité sociale sont des outils collectifs de protection indispensables. Combien aussi il est donc important de leur donner les moyens de bien fonctionner.

Outre qu’elle a montré l’importance de toutes ces fonctions qui nous ont permis de tenir (soignants, caissiers, éboueurs, transporteurs,…), fonctions insuffisamment reconnues et rémunérées, elle a vu se multiplier les solidarités de terrain, démontrant si besoin était, que nous ne sommes pas que des égoïstes, des individualistes,…

Elle a révélé, exacerbé les inégalités sociales, touchant particulièrement les plus fragilisés : les jeunes, les contrats précaires, ceux qui n’avaient pas la possibilité de faire du télétravail et qui ont été contraints au chômage technique…. Elle a accentué la précarité et mis à mal la cohésion sociale. Elle a touché très différemment les acteurs économiques, sinistrant certains secteurs (horeca, tourisme, culture,…) mais profitant largement à d’autres (industrie du numérique,…). Au-delà des secteurs fort médiatisés, dans l’ombre des milliers de PME risquent de faire faillite ou de se restructurer… et donc des dizaines de milliers de salariés vont venir grossir les files du chômage.

On nous a beaucoup parlé du « monde d’après ». Les analyses et les discours ont foisonné… avec une certitude : il serait différent de celui d’avant !

Promis, juré, on allait tirer les enseignements de cette crise et revoir notre modèle. Et en premier lieu, répondre aux urgences : mieux organiser et refinancer nos soins de santé, revaloriser les « premiers de corvée » dont nous venons de parler, relocaliser certaines activités stratégiques…

Mais au-delà des mots, qu’en sera-t-il réellement ? Les promesses seront-elles tenues ?

Et si, finalement, tout (ou presque) revenait à la normale, comme avant ? Business as usual… comme on dit !

Ne nous faisons aucune illusion sur les intentions réelles des responsables économiques et des élites dirigeantes. Ecoutez bien, on peut déjà les entendre nous dire : qu’il faut après être vite retourné au travail (sans être trop regardant parfois aux règles garantissant la sécurité des travailleurs), faire des efforts supplémentaires pour sauver l’économie et sauvegarder la compétitivité, que les impératifs écologiques peuvent attendre, qu’il faudra bien que quelqu’un paie toutes ces dettes creusées par les aides octroyées aux entreprises et aux citoyens…

Si l’on n’y prend pas garde, on risque de revivre la séquence de 2008 : Le système capitaliste se crashe… il est sauvé par une intervention massive de l’Etat… qui s’endette lourdement… ce qui l’amène à prendre des mesures d’austérité et à réduire les dépenses publiques… avec au final des capitalistes (les mêmes qui sans l’aide de l’Etat auraient disparu) un peu plus riches et des Etats et des populations un peu plus pauvres.

Soyons donc plus que jamais sur nos gardes !

Est-on en train de changer de cap ? On peut sérieusement en douter si l’on analyse les échéances toutes proches : la formation du Gouvernement et les négociations avec le patronat sur l’enveloppe bien-être mais aussi et surtout sur l’accord interprofessionnel (AIP).

Nous aurons probablement un nouveau Gouvernement ce jeudi 1er octobre. Après plus de 500 jours de crise, on devrait s’en réjouir… le pays ne va-t-il pas enfin être géré et faire face aux défis qui nous attendent ?... Pas d’enthousiasme.

Même si évidemment, il faut attendra la déclaration de politique gouvernementale et juger sur pièces, ce qui filtre ne nous rassure guère.
-  Qu’en est-il du refinancement de la sécurité sociale et plus particulièrement des soins de santé ? On parle bien d’une norme de croissance de 2,5% (c’est mieux que 1,5 mais encore trop juste…). Mais quid de l’enveloppe de 1,2 milliards d’euros négociée pendant la crise ? Est-elle incluse dans la norme ou séparée ?
-  La pension minimale à 1.500 euros…nets ou bruts ? A quelle échéance… de suite ou en 2024 ? Et au-delà, quid de l’aménagement des fins de carrière et de la prise en compte de la pénibilité ?
-  La loi de 96 ne serait pas modifiée… ce qui veut dire que la concertation sociale restera corsetée !
-  Au niveau institutionnel, on reparle d’une régionalisation partielle de la sécurité sociale, au niveau des soins de santé principalement. Nous restons opposés à tout détricotage des outils de la solidarité fédérale.
-  Et enfin, le volet fiscal… Quasi inexistant…ou très vague… tant les oppositions idéologiques sont fortes au sein de la Vivaldi.

Il faudra pourtant des moyens importants pour financer les nouvelles politiques. Garantir l’équilibre de la sécurité sociale dont le déficit est de 11 milliards d’euros. Mettre en œuvre un plan de relance qui doit être axé prioritairement sur la transition écologique…

Qui va payer ? Dans quels secteurs risque-t-on encore de couper ? Ne va-t-on pas reprendre d’une main ce qu’on donne de l’autre ?

Nous le disons avec force : ce n’est pas aux travailleurs et aux allocataires sociaux de morfler une nouvelle fois, ni aux services publics ou à la sécurité sociale. Et il serait suicidaire de mettre au rencart les impératifs écologiques !

Et du côté du patronat, me diriez-vous ? Ce ne sera pas simple non plus… Tout d’abord un coup de gueule. Je tiens à dénoncer l’attitude des patrons d’AB-In-Bev qui s’attaquent à des travailleurs qui demandent juste à pouvoir travailler en toute sécurité. Ils n’ont pas hésité à utiliser l’intimidation individuelle, le recours aux huissiers, la menace de saisies des biens personnels…

Au-delà de ce dossier particulier, et sans faire évidemment de généralisations, force est de constater que la démocratie sociale est de plus en plus malmenée dans ce pays : stigmatisation et licenciement de délégués, mépris et refus de la concertation sociale, judiciarisation des conflits sociaux, instauration du « service minimum » dans les transports publics…. En s’attaquant aux représentants syndicaux, c’est l’ensemble des travailleurs et les autres mouvements sociaux qui sont visés et fragilisés. A quelques encablures des élections sociales, la FGTB entend faire de la lutte pour les libertés syndicales une de ses priorités et compte bien le rappeler au Gouvernement à venir.

Pour le monde patronal, le « monde d’après » est bien le même que le « monde d’avant ». Il suffit d’aller voir sur le site de la FEB pour s’en convaincre….toujours les mêmes vieilles recettes proposées : limiter les salaires, flexibiliser, augmenter le temps de travail, faciliter les licenciements, encadrer la concertation,… Le même monde qu’avant… en pire !

Dans ce cadre, la négociation de l’AIP sera éminemment compliquée. Et pour obtenir des résultats, nous devrons faire preuve de détermination sans faille et construire un rapport de forces qui pèse sur les négociations. Et avoir des revendications claires et partagées. Nous voulons tous que le pouvoir d’achat des travailleurs en général, le salaire minimum en particulier, soit revalorisé. A la FGTB, nous avons fixé l’objectif de 14€/heure. C’est ambitieux, nous le savons…. Mais n’est-ce pas dans le fond très raisonnable ? Et n’est-il pas envisageable que nous nous retrouvions tous derrière cette revendication essentielle ?

Chers Camarades, Chers Amis, militants et délégués,

Rien n’est jamais tombé du ciel… L’après Covid sera déterminé par les rapports de force. L’urgence est à la fois sociale, écologique et démocratique. Tout est lié… la solution est globale. Nous savons ce que nous voulons : Un changement de cap radical ! ° Repartir des besoins essentiels o La préservation de notre terre o Le renforcement des biens communs qui passe par la sécurité sociale et les services publics o Des revenus décents pour tous

Bref, une société qui remette au centre la vie plus que l’économie, l’humain plus que les profits !

C’est loin d’être gagné mais nous n’avons pas le choix : il faut se bouger, tous ensemble si l’on ne veut pas que le monde de l’après Corona soit pire que celui d’avant !