Quand un soutien aux aides-ménagères se transforme en subside aux entreprises !


Deux mois, c’est le temps qu’il aura fallu au Gouvernement wallon pour accoucher d’une formule qui permette aux travailleuses des titres-services de ne pas perdre leur salaire. Depuis mars, elles sont pour la plupart en chômage temporaire, avec une allocation moyenne de 560€. Déjà privée de l’augmentation salariale de 1,1% (AIP) et de la compensation de 2€/h (accord sectoriel que Federgon refuse de signer), ces travailleuses de l’ombre, essentielles pour bien des ménages, sont en train de plonger dans la précarité.

Deux mois, c’est surtout le temps qu’auront mis les fédérations patronales pour obtenir la garantie de se sucrer grassement au passage. De manière totalement scandaleuse.

Depuis le début de la crise, la FGTB wallonne revendique une solution qui permette à chaque travailleuse de conserver son salaire même en cas de mise au chômage temporaire. Le Gouvernement n’a pas réagi dès le mois de mars … soit ! Nous avons fait une proposition pour les mois d’avril et mai qui était budgétairement neutre et basée sur la volonté du Gouvernement d’augmenter momentanément l’intervention de la Région (de 14,86€/h à 18€/h). Cette augmentation aurait dû, selon nous, disparaître lors de la reprise du travail puisque la quote-part de l’utilisateur aurait permis d’assurer à nouveau le salaire habituel. Le mois d’avril s’est écoulé sans qu’aucune solution ne soit dégagée, précarisant un peu plus encore les principales intéressées.

D’atermoiements en tergiversations, le Gouvernement wallon a enfin accouché d’un accord ce jeudi 7 mai, et d’un jackpot pour les entreprises ! L’intervention de la Région de 18 €/h sera versée aux entreprises de moins de 250 travailleuses, tant pour les heures non prestées (logique) du mois de mai… que pour les heures prestées (effet d’aubaine) ! Fréquemment, l’aide-ménagère est pressée de reprendre le travail pour des raisons financières.

Tout bénef pour les entreprises qui accroîtront leurs bénéfices de 2,5 millions€ sur le compte des deniers publics, sans que cela ait le moindre impact positif sur la rémunération des travailleuses. Rappelons que toutes ces entreprises ont déjà bénéficié d’une aide régionale de 5.000€ au début de la crise.

46.000 travailleuses de l’ombre (97% de femmes dans le secteur) reprendront dès demain, le chemin des 284.000 maisons/appartements pour alléger la charge mentale et ménagère des familles, souvent aussi pour entretenir un lien social auprès de personnes âgées très isolées. Utiles socialement, les travailleuses en titres-services ? Certainement davantage que les « prosumers » à qui on vient de faire un cadeau de 200 millions d’euros au détriment de la facture d’électricité de tous les autres citoyens. Utiles socialement mais apparemment pas suffisamment pour leur accorder un salaire digne sans saupoudrer ceux qui n’en ont absolument pas besoin. Les actionnaires de nombreuses entreprises en titres-services remercient le Gouvernement wallon.

Ménager les « prosumers » et céder aux caprices des entreprises qui se portent bien, c’est manquer de courage politique. Le Gouvernement wallon en appelle au monde d’après, en appliquant les recettes d’avant. Nous n’applaudissons pas.