Et pourquoi pas un hôpital régional unique ?


Dans le cadre du dossier Vivalia, la FGTB Luxembourg interprofessionnelle et plus particulièrement la CGSP qui est la centrale compétente pour le secteur, entend donner son avis. Celui-ci est guidé par la défense des intérêts des travailleurs de Vivalia bien sûr, mais aussi plus largement par celui des travailleurs et des citoyens luxembourgeois qui sont tous des patients potentiels. Cet avis reprend des lignes de force que nous avons déjà exprimées ces dernières années dans des documents officiels (2007, 2012).

1. Décider maintenant.

Nous attendons des responsables politiques, tant ceux qui sont au CA de Vivalia que ceux qui « tirent les ficelles » au plus haut niveau, qu’ils décident MAINTENANT. Depuis trop longtemps dans ce dossier, les intérêts sous-régionalistes et les logiques clientélistes ont entraîné de multiples reports et tergiversations. L’intérêt général doit primer sur un certain manque de courage politique. Une énième non-décision risque d’être fatale au Luxembourg et d’en faire à moyen terme un désert médical. Les deux scénarios qui sont aujourd’hui sur la table, à savoir Vivalia 2025 (maintien d’un hôpital aigu à Marche et construction d’une nouvelle unité au Centre-Sud, c’est-à-dire un bi-site) et le plan alternatif Dewever (maintien de trois hôpitaux spécialisés et complémentaires à Arlon, Libramont et Marche), sont le produit des mêmes logiques dénoncées ci-avant, à savoir la prédominance d’intérêts catégoriels et de calculs politiques à courte vue. C’est pourquoi, nous ne trancherons pas entre ces deux plans. Nous pensons que l’intérêt général serait mieux rencontré dans le projet détaillé ci-après.

2. Un hôpital régional unique dans une vision intégrée

Au vu de la taille de notre population et tenant compte de la nécessité d’atteindre des seuils d’activité suffisants, nous défendons le principe d’un HÔPITAL RÉGIONAL UNIQUE (monosite) pour l’ensemble des luxembourgeoises et des luxembourgeois. Il permet de concentrer sur un seul site les équipes spécialisées et les plateformes techniques garantissant une qualité de soins optimale. Il répond aux évolutions technologiques (équipements de plus en plus coûteux…) et sociétales du corps médical (difficultés de garde, problèmes de recrutement). Ce site aigu unique mais d’excellence serait l’élément central de l’offre de soins en Province du Luxembourg mais n’atteindra son objectif que s’il s’inscrit dans une vision globale et intégrée qui articule les différents acteurs de soins : médecins généralistes, cliniques de proximité, MR/MRS, centres de revalidation, hôpital aigu régional,… Ce qui implique notamment les éléments suivants :

- L’hôpital régional doit impérativement s’adosser à une ou plusieurs structures universitaires. Cette collaboration permettra de garantir l’excellence des soins : recrutement de spécialistes, transfert de recherches,…

- Les hôpitaux existants sont maintenus et restent évidemment un élément essentiel de l’offre de soins. Ils deviennent des cliniques de proximité qui ne s’occupent plus directement de problèmes aigus mais assurent les soins de base à la population : consultations, soins ambulatoires, analyses, radios,… 

- De plus, les bâtiments non utilisés peuvent à moindre coût être reconfigurés afin de faire face aux défis liés au vieillissement de la population (besoins en lits MR et MRS) et aux évolutions des pratiques médicales (diminution des durées de séjour en hôpital aigu et besoin croissant de centres de revalidation). 

- Ces cliniques de proximité ont aussi un rôle essentiel à jouer dans le prise en charge optimale des urgences (rapidité du diagnostic et du transport vers un centre intégré par voie terrestre ou aérienne – pourquoi pas imaginer un second hélicoptère pour le centre et le sud de la province ?) qui doit impérativement être garantie à tous les luxembourgeois, où qu’ils habitent.

Ce schéma d’offres de soins nous semble être celui qui rencontre le mieux l’intérêt général. Il allie qualité des soins et maintien d’une certaine proximité. Il permet également de limiter les coûts : économies d’échelles, diminution des frais de fonctionnement,… Pour le réaliser, il convient également de revoir la structure institutionnelle de Vivalia : centralisation des décisions, harmonisation des règlements et des procédures, conseil médical unique,…

3. Défendre les intérêts des travailleurs

Tout en espérant que l’intérêt général des patients prévaudra, quel que soit le modèle choisi, la FGTB Luxembourg et plus particulièrement la CGSP, qui est la centrale compétente pour le secteur, défendra les milliers de travailleurs concernés par le dossier. Elle sera particulièrement attentive aux éléments suivants :

-  maintien de l’emploi et de la qualité de l’emploi,

-  garantie de formations et de reclassements,

-  prise en compte et accompagnement dans la mobilité des travailleurs.

Toute modification de l’offre de soins de santé doit être accompagnée d’une négociation permettant d’encadrer et de baliser ses impacts sociaux.

Pour la CGSP, Olivier DULON, Christian SCHAMMO

Pour la FGTB interprofessionnelle, Joël THIRY